Vous avez vu passer récemment deux courriers, l’un adressé au Drac, l’autre au Président de Région : ils sont les effets d’une réunion du collectif danse qui s’est tenu le 21 novembre dernier. Nous n’en sommes pas restés là un troisième positionnement plutôt adressé à la ville et au maire de Caen a été élaboré. Doit-il prendre la forme d’une lettre ou d’un communiqué ?
Vous avez quelques jours pour en décider. Communiqué , nous ferions coïncider sa sortie avec le rendez-vous de samedi prochain 9h00 à l’ancien siège du CCI ( centre ville Bd du général Leclerc) Débat projet de ville : quelle économie pour l’art et les artistes !
Cependant Vendredi dernier le collectif/danse a ouvert des discussions dont je me fais ici l’écho. 5 questions et un brouillon de lettre communiqué sont soumis au feu rouland de vos observations.
1. Peut-on adhérer au collectif si on dirige une structure qui ne remplit pas ses obligations économiques et sociales ? Comprenez qui ne paie pas ou incorrectement ses salariés ?
Bonne et vraie question, d’autant que l’on peut adhérer à l’adada que l’on soit employeurs ou salariés. En quoi d’ailleurs l’adada n’est pas un syndicat !
Éléments de réponse :
Nous soutenons les syndicats d’abord de salariés ( solidarité oblige) et d’employeurs ( Synavi ou syndeac participent à la négociation des conventions collectives ; ce qui leur fait reconnaître de facto la nécessité et l’obligation du respect des droits. Certains employeurs syndiqués sont de fait adhérent de l’adada et bienvenu. Côté salariés c’est la grande misère syndicale …Il faut une loupe pour trouver des salariés syndiqués ! On ne peut donc que le déplorer ! En quoi d’ailleurs dans sa forme peu aboutie l’ADADA s’avère indispensable pour que s’exprime et s’expose tous les problèmes. Nous le faisons depuis deux ans sans moyen …Nous en accordera-t-on pour pouvoir continuer cette tâche très lourde ?
Il n’est pas de notre ressort de contrôler et stigmatiser les manquements aux droits sociaux et économiques… Nous n’ignorons pas que l’intermittence est un cache-misère qui dédouane les pouvoirs publics de financer à sa juste mesure les projets et entreprises artistiques !
La tartufferie que tout le monde connaît c’est que seule les institutions sont sensées avoir les financements « professionnels » à la bonne hauteur… Les entreprises du secteur indépendant quant à elles doivent des démerder !
Donc qui peut se permettre honnêtement de jeter la pierre ?
Les institutions ? Elles sont les premières a utiliser l’intermittence comme variable d’ajustement de leur finance quand elles relèvent des arts vivants. Relevant des arts enregistrés c’est les grosses boites (télé ou ciné) qui ont inventé la PERMITENCE !
Alors pour ne pas souscrire à l’ hypocrisie ambiante, évitons d’accuser les plus faibles tout en dénonçant intelligemment la situation.
Oui ! il n’est pas acceptable que l’on ne respecte pas les droits économiques et sociaux dans le secteur de l’art ! Et j’invite à la lecture de la pièce remarquable de Jean-Luc Lagarce Nous, les héros qui traite du sujet. Se rappeler que des premières génération d’artistes produits par la décentralisation vont arriver à la « retraite »… Le plus souvent des retraites en forme de « minimum vieillesse » contrepartie d’une pratique constante dans le non-respect des droits.
Notre impératif ? dénoncer sans cesse la tartufferie ! appeler à se mobiliser en permanence ! réclamer la mise en œuvre d’une économie solidaire et adaptée à nos pratiques !
Viendrez-vous le dire Samedi prochain 5 décembre à la CCI ?
Dénoncer nos conditions de travail ? Dénoncer la misère ?
Dénoncer la Drac qui convoque les compagnies de danse à Saint-Brieux pour les évaluer sans s’inquiéter du coût des prestations ?
Ne voilà-t-il pas un cas flagrant d’hypocrisie bien entretenue ?
Comme l’a suggéré un camarade danseur attentif au discours du Drac sur les avancées numériques ( colloque de Caen du 27 nov 2009) : à quand une évaluation par visio conférence des projets chorégraphiques ?
Notre travail consiste à inquiéter les pouvoirs publiques . De solliciter qu’elles paient les prestations. Par exemple l’adada réclame que soient rémunérés en régie municipale les prestations des artistes professionnels lorsqu’ils se produisent dans des bâtiments publics ! nous avions soulevé le problème lors de prestations danse à l’église Saint-Nicolas. Nous souhaiterions qu’alors la ville veille au grain ! Idem lorsqu’un dispositif mobile s’installe au château et que s’y produisent des compagnies de danse professionnels. Qui les rémunère ?
Tartuffe une fois de plus ! Tartuffe serait-il le premier employeur des danseurs et compagnies ?
L’adada se bat et se battra d’abord résolument contre Tartuffe. Tous ces non paiements produit de non financement parce qu’on sait très bien que l’artiste s’exprimera quand même payé ou pas !
De cela on parlera Samedi prochain 5 décembre 2009 à l’ancienne CCI !
Le débat sur le respect des droits est complexe et le terrain miné : nous devons faire en sorte que ce problème bien réel ne nous empêche pas de nous organiser et d’agir ensemble. Nous ne devons pas l’ignorer et ne pas ignorer les dégâts qu’il peut produire de toutes les manières. Le collectif danse a aussi abordé un autre problème.
2.Le politique a-t-il le droit d’afficher ses préférences en matière artistique?
Autre terrain miné. Est-ce le rôle de la ville de programmer dans ses salons une manifestation en faveur d’un artiste plutôt que d’un autre ? Est-il acceptable qu’un responsable politique affiche ses goûts et ses couleurs ?
La réponse qui va de soi est NON ! C’est bien celle qu’avait fourni un responsable socialiste Thierry Legouix qui avait honoré de sa présence notre dernière Assemblée générale où nous en avions débattu. Non paraît la réponse consensuelle ce qui convenons–en érige la tartufferie en beaux arts et langue de bois de l’exercice politique. Les politiques comme chacun de nous ont leur propre opinion et donc on peut solliciter discrétion et réserve sur ce terrain au profit de principe égalitaire et républicain. Discrétion et réserve n’interdissent pas une expression à minima sur les goûts et les couleurs.
Les politiques sont en général très avertis des dangers de trop s’exprimer en la matière…De leur côté les artistes sont moins prudents dans les jugements de valeurs que parfois ils portent sur la politique. C’est comme souvent Jacques Rancière qui a raison ; Nous devrions pour un heureux développement du fait démocratique redonner au DISSENSUS sa dimension salvatrice et cultiver plutôt qu’un art du consensus souvent réducteur , un dissensus bien travaillé et expressif de notre capacité de tolérance . En matière de politique culturelle, nous dirions dissensus obligatoire et reconnaître par là la vérité irréductiblement visionnaire et singulière de l’œuvre d’art. Son « inquiétante étrangeté ».
Nous devons donc être attentif à démarquer constamment que nous sommes porteurs de deux points de vue qui cohabitent dans un relatif dissensus : le point de vue « sociétal », une parole de l’ordre du collectif et le point de vue singulier de l’artiste dans la dynamique de sa sensibilité poétique. Concilier l’inconciliable ! Voilà encore profondément un pari tenu par l’adada !
3. Pour arrêter de se marcher sur les pieds nous devons nous structurer.
Nous avons échangé sur Kaffé croissant et sur le désordre et l’anarchie qui président plus ou moins à la saison de danse. Nous avons salué le travail de Danse perspective pour coordonner et structurer les échanges et la diffusion par delà son investissement précieux dans la formation, mais nous constatons que l’on peut le même jour à la même heure se voir « invité » à des manifestations très intéressantes sur la danse ..Ce qui ressemble un peu à la fable l’huître et les deux plaideurs. Il y a : NOUS Avons un problème de coordination et ce problème ne peut se traiter empiriquement !
Comment éviter de se marcher sur les pieds ? Comment à ce niveau organiser une prestation mutualisée. Peut on imaginer un outil annuel en forme de calendrier de saison ? Un Agenda illustré et commun à tout le secteur danse : il irait de septembre ) fin août… conçu et réalisé au profit de tout le secteur ?
En supposant qu’un tel ouvrage puisse exister il nécessiterait dès maintenant la collecte des informations ( une présentation adéquate indiquerait le prévisible et/ou l’aléatoire : ce serait un excellent ouvrage révélateur de la vitalité de la danse en Basse-Normandie)
La question devient combien ça coûte et qui peut le faire ? Deux questions parfaitement soluble dès lors que les fonds nécessaires serait dégagés par les pouvoirs publics. L’adada pourrait s’en charger ou n’importe structure candidate… J’en profite pour signaler que comme chaque année, l’association « le jeu de la règle » propose son « imprévisible 2009 » un agenda unique au monde ! lejeudelaregle@laposte.net
Comme quoi l’association ressource pour une mise en œuvre existe… On la trouve aussi avec des adhérents de l’adada qui s’occupent de communication comme blackmagic de yann Voraceck et Hervé Mazelin ( membre du bureau d’adada ) Mais encore nos chères mutus Bazarnaom ou ateliers intermédiaires seraient en mesure de concrétiser une telle iniiative en attendant de nouvelles « fabriques « à Caen.
4. Événement danse
Il a été suggéré de faire un off au Festival Danse d’ailleurs…Sous l’appellation « danse d’ici ».
Suggestion vivement contestée car fut-il dit du off c’est du gratuit et du non payé modèle Avignon….Le débat est ouvert ! Mais il manque une grande manifestation populaire sur la danse et par la danse qui doit être pensée …Une grande manifestation citoyenne car la danse reste la pratique artistique la plus répandue, la plus ouverte et la plus nécessaire au métissage et à la diversité. C’est le premier vecteur de rencontre possible .
5. Danse en danger
Si la danse est en danger c’est que plus que tout art elle repose essentiellement pour ne pas dire exclusivement sur les fonds publics et donc sur une volonté politique. Philippe Duron n’a pas dit autre chose lors de l’ouverture des débats sur la politique de la ville en reconnaissant les difficultés singulières propres à cette discipline ( c’était le samedi 14 novembre dernier au théâtre des cordes)
C’est donc en masse que les danseurs doivent venir Samedi prochain 5 décembre à l’ex-CCI, éclairer et défendre les dimensions économiques ( les contraintes qui pèsent sur cette discipline) de leur travail.
Proposition communiqué/lettre pour ville de Caen, Caen-métropole et Caen la mer
La ville de caen se veut porteuse d’un projet de politique culturelle s’appuyant sur un triptyque : création/Diffusion/formation. Le collectif danse , avec sa volonté de rassembler dans une commune réflexion et action tous les acteurs de la danse se reconnaît parfaitement dans cette volonté de structurer une politique culturelle dans tous ces aspects. Qu’en est-il alors au niveau de la danse ? Quelles perspectives se trouvent ainsi posées ?
Nous ne prétendons ici qu’allumer le feu…Solliciter la réflexion et encourager le débat.
1. Création
Le constat est déjà fait : depuis des années les équipes de création, danseurs et chorégraphes souffrent d’un sous financement avéré à tous les niveaux d’intervention de la puissance publique. Ce sous financement à conduit certaines commissions d’évaluation à suspendre leurs travaux… La dégradation des moyens financiers affecte d’abord la création et son exigence de qualité. Que ce soit l’institution (le CCN) ou le secteur des compagnies indépendantes, en dépit de nos protestations, la situation reste fondamentalement catastrophique. La disparité des traitements fait à la danse par rapport au théâtre reste insoutenable ! Ce qui ne veut pas dire que les « théâtreux » seraient des nantis ou des privilégiés. Cela veut dire qu’en danse on hésite pas à maintenir les structures en état de pauvreté indécente …Pour ensuite déplorer la pseudo médiocrité des prestations (cf l’ODIA!)
C’est se permettre d’émettre des jugements de valeur compte tenu de la médiocrité des moyens accordés que nous estimons scandaleux et indécents. On ne peut donc parler d’une politique de la danse sans un réel et très significatif effort financier pour tous les acteurs de cette discipline. C’est une vérité incontournable et première à partir de quoi une perspective peut se dessiner !
2. Diffusion
Une politique de diffusion de la danse n’aura de sens qu’avec une mise en réseau consistante d’une part, et une volonté clairement affirmée de promouvoir la danse. Mettre un terme à la pénurie de locaux, identifier et promouvoir par des soutiens adéquates tous les lieux existants,
Equiper de nouveaux lieux… Arrêter de laisser les structures « bricoler » et les soutenir véritablement à la bonne hauteur. Que l’Odia joue son rôle de soutien et non de chien de garde malthusien. Que soit bien identifié un réseau de distribution régional. Que soit créé un nouveau réseau à l’échelle de la communauté urbaine ( un réseau en assurant des prestations en proximité assurerait aussi un meilleur financement de la création par des achats en coréalisation plus avantageux) ; Caen-métropole doté d’un office danse organisé et géré par les artistes eux-mêmes pourrait asseoir un nouveau réseau (ouvert aussi sur d’autres disciplines) coordonner et harmoniser une vraie diffusion. Ainsi les petites localités pourraient jouir de prestations de qualité grâce à l’intelligence d’une mise en commun de moyens. Bien entendu un tel dispositif suppose une coordination technique et « politique » avec l’office de la culture départemental, en tirant bénéfice de l’expérience acquise. Il n’y a pas de diffusion dynamique en milieu péri urbain comme en milieu rural sans un apport actif des habitants du territoire. La démocratisation trouverait là , un terrain d’élection.
Même en milieu urbain pas de démocratisation pensable sans implication des citoyens pour une culture faite de lieux de proximité. La diffusion doit être aussi inscrite dans cette perspective.
3. Formation
La formation est l’enfant pauvre de la discipline alors même que chacun s’accorde à penser qu’elle est déterminante ! Le CCN a fait un travail profond et constant pour que l’exigence de qualité soit mieux qu’admise, devenue une exigence très partagée.
Quel danseur néglige de se former, d’entretenir son appétit de progrès et de découverte !
La danse est une discipline où la recherche est incontournable. Pas de développement possible de la danse sans un effort de formation, sans une professionnalisation, un entretien technique de haut niveau !
S’accorde-t-on des moyens de formation conforme à ces exigences ? Une formation exigeante implique la rencontre avec ce qui se fait de mieux. Implique circulation des œuvres et des « talents ». Pas de haut niveau sans multiplier la présence de passeurs ( pédagogues/praticiens) omniprésents sur le terrain. Encore une fois le CCN fait beaucoup mais il ne peut pas tout compte tenu des moyens dont il dispose.
Car, hélas, on y revient toujours un niveau trop bas de financement hypothèque crucialement le développement de la danse.
L’éducation artistiques des publics comme des enfants reste en jachère !
Il est vrai que la danse porte des exigences qui s’accommodent mal du professionnalisme marron ! C’est-à-dire de l’imposture de se dire professionnel avec une pratique d’amateur.
Ce brouillage des lignes qui sévit dans toutes les disciplines n’a pas sa place en danse et c’est tant mieux ! La danse heureusement et malheureusement reste le plus sûr révélateur des exigences et problèmes fondamentaux des Arts Vivants.
Pour le Collectif Danse
J.-P. Dupuy
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Illustration : Rebecca Horn, Unicorn | Site de l’artiste
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